Henri Baratin

Photos

Parents : Arthur, Mathilde

Épouse : Marguerite

Enfants : Henry-Louis


Général

Naissance : 13 décembre 1888 à Sommecaise, Yonne

Mariage : 14 février 1914 à Auxerre (25 ans)

Décès : 1970 à Auxerre (82 ans)

Prénoms : Henri Joseph

Profession : employé aux écritures


Histoire

C’est peu dire qu’il aimait se faire photographier, il reste aujourd’hui 150 clichés le représentant, dans toute sorte de poses et de mises en scène, souvent comiques, toujours élégantes. Il était d’un naturel doux mais avait une volonté farouche d’affirmer sa personnalité et de faire l’original, et la photographie lui a offert le moyen sophistiqué de le faire.

Il naît cadet d’une famille de quatre enfants. Ses frères et sœurs s’intéressent aux technologies modernes comme la photographie et l’électricité. Lui-même fait de la photo, comme son frère aîné.

D’après ses habits il chique à l’artiste ou à l’intellectuel pendant sa jeunesse. Il est en effet bon à l’école et, habile de ses mains, écrit joliment et sait dessiner.

Saut en hauteur

Il prépare un examen pour être instituteur. C’est là qu’il rencontre Marguerite Dubois, sa futur femme. Il l’épouse quelques mois avant la guerre.

Il renonce vite à être instituteur et fait plusieurs métiers administratifs. Juste avant la guerre il est engagé comme employé aux écritures à Tonnerre, et pour le reste de sa vie il travaillera dans cette administration.

Quand le conflit éclate, il est affecté au service auxiliaire, et non actif, pour faiblesse physique générale. Il passe les quatre ans de la guerre ambulancier. Pendant ses permissions il rejoint son épouse et son fils naît en 1917.

Les années étudiantes

Dans ses vieilles années un article paraît sur lui dans «Le Bourguignon», où il est présenté comme un vieil original à barbe se prenant en photo partout et qu’on peut croiser à la place centrale d’Auxerre.

Un jour il se sent mal, il part marcher pour se remettre comme il en a l’habitude. On le étendu par terre, mort. On détermine qu’il a décédé avant de toucher terre, qu’il est mort debout. Cela rend son fils fier.


Divers

Sa femme l’accusait de maltraiter les animaux, parce qu’il tuait les taupes dans le jardin.

Il habitait à Auxerre au 7 ter rue Paul-Armandot.

Il était membre du Photo-Club auxerrois et de la Société protectrice de oiseaux de l’Yonne.

Sa barbe et sa coiffure, qui changent sans cesse, permettent de déterminer son âge avec une bonne précision. Du coup elles peuvent être utilisées comme méthode de datation des photos où il apparaît.

Dans son carnet de notes, il écrit son curriculum vitae :

Sur la place d’Auxerre

Tarzan

Quand il revient, sa femme se fâche contre lui. Elle voudrait qu’il soit plus volontaire dans la vie mais il ne veut pas se plier à elle. Le couple commence à vivre dans une séparation de fait qui ne sera jamais rompue.

À l’âge de 30 ans il est muté à Auxerre comme chef de bureau et il ne quittera plus cette ville qu’il aime. Il se met alors à vivre une vie qui lui convient très bien, solitaire mais animée par l’activité qu’il déploie dans les clubs et dans les rues. Il acquiert une petite notoriété dans la ville.

Les années de guerre. Il pose avec son casque pendant ses permissions

D’octobre 1902 à vacances 1906

     Collège d’Auxerre

1906–1907

     Dessinateur au bureau de l’Architecte de la ville d’Auxerre (Gauthier Architecte), à Auxerre

1907–1909

     Tramways électriques de l’Yonne, à Auxerre

1909–1912

     Chemin de fer d’intérêt local de l’Yonne, à Joigny

1912–1913

     Service des eaux de la ville d’Auxerre

1er octobre 1913 – 1er juillet 1914

     Instituteur

1er juillet 1914 jusqu’à la retraite

     Rédacteur à la sous-préfecture de Tonnerre (10 ans)

     Chef de bureau à Auxerre (à partir du 1er octobre 1926)

15 janvier 1915 – 1er avril 1919

     Mobilisé

1er janvier 1951

     Retraite

Pour entreposer ses photos il se confectionne un livret de poche, constitué d’une longue bande de papier cartonné pliée en zigzags, qui se plie et se déplie comme un ressort. Le livret, déplié en entier, fait deux mètres de long. Dans tous les replis, des photos de lui sont collées, il y en a 53. Il amusait les gens avec.

Voici une note d’Henry-Louis à son sujet. Il montre d’abord le fait divers suivant, découpé du journal «l’Œuvre» du 19 novembre 1917 :

On sait que le conseil de guerre du Mans a condamné à un an de prison avec sursis le commandant Angammare, reconnu coupable de forfaiture, faux, escroqueries, etc.

Dans les archives de ce même conseil de guerre du Mans, en date du 27 juillet 1917, figure le jugement suivant :

«Maurice Dallet, 67e d’infanterie, soldat de 2e classe, engagé volontaire, blessé à Verdun, le 22 juin 1916 : trois mois de prison sans sursis, pour avoir, le 18 juin, décousu la doublure de sa veste.

Et il raconte ensuite : «Il collectait ce genre de nouvelles : il aimait ce qui soulignait l’absurdité de la société. Il allait chaque année au premier rang de ceux qui regardaient le défilé guerrier du 14 juillet, mais uniquement pour montrer sa désapprobation en conservant son chapeau au passage du drapeau de façon ostentatoire. Il était sans violence mais par essence antireligieux, anticonformiste, antimilitariste.»

Henry-Louis relate une anecdote dans une lettre à sa future épouse :

Le gros-père [son chat] vient de s’endormir sur son coussin après avoir fait une toilette minutieuse. Il est un peu jaloux parce que nous nous occupons d’un lapin, voué pourtant au trépas. Ce lapin fait partie d’une histoire assez caractéristique de mon père. Ce dernier partit dimanche dernier chez un de ses anciens condisciples, professeur d’agriculture retiré dans des terres à 29 km d’ici. Il y allait, pensions-nous, pour ramener (un panier + un sac de meunier + un autre panier) pleins de provisions. Il partit à 11 heures du matin donc, après quelques heures de préparatifs fiévreux. Genre départ au Pôle Nord avec véhicule à uranium désintégré. Il s’en fut ; l’après-midi passa, la soirée, le soir ; à 10 heures je déclarai que je dînais et que je partirai à sa rencontre en vélo. Maman s’y est opposée et après avoir dîné nous sommes allés tous deux jusqu’à 2 km seulement à pied. Nous sommes revenus et à 2h½ du matin mon père arriva… Il était parti de là-bas à 10h du soir et, ayant rencontré des gendarmes (il n’avait pas de lanterne) il était venu à pied de peur que lesdits gendarmes ne soient embusqués pour lui faire un procès. Je vous entends dire «À pied avec cette charge !» Quelle charge ? mademoiselle : mon père rapportait le lapin vivant et 2 œufs (deux). Et c’est pourquoi nous sommes titulaires d’un lapin qu’il apprivoise, qui nous dévisage hardiment, une oreille en haut, l’autre en bas, et effraye le Gros-Père par la longueur desdites oreilles.

Voici une autre histoire d’Henry-Louis à son sujet, qu’il a écrite dans un album :

Il était amorphe et très secret en famille, mais d’une activité débordante ailleurs. Il connaissait tout le monde. Il participait activement au Club de photo, à l’Aéroclub, etc.

Il allait chaque jour, après sa retraite, faire de longues promenades en bicyclette puis en vélomoteur, ou à pied.

Michel Perrin, notre ami qui le connaissant bien, prétend que ce n’était pas sans but et qu’il avait une autre femme (?). Il était une énigme pour beaucoup de gens, il provoquait des légendes : il allait chaque soir, pour marcher, à la gare, on racontait que, veuf, il allait chaque soir à la gare chercher sa femme…

Quand il était à Paris, il partait le matin et revenait le soir pour dîner en disant qu’il était resté sur un banc ou qu’il allait d’un métro à l’autre. Sa femme qui le croyait capable de toutes les aberrations le croyait… mais…

(il a les yeux gris)