Henri Beslais

Photos

Parents : Clément, Anne

Épouse : Catherine

Enfants : Henri, Marie †, Valentine, Noémie †, Aristide


Général

Naissance : 15 juillet 1840 à Langeais

Mariage : 30 décembre 1872 à Tours (32 ans)

Décès : 15 octobre 1915 à Tours (75 ans)

Profession : doreur sur cuir

Prénoms : Louis Henri François


Histoire

C’est un homme à fort caractère et plein de convictions, anarchiste, participant actif à la Commune. Sa jeunesse est flamboyante, pleine de révolte. Il se fixe pour fonder un foyer mais a du mal à trouver la paix. Sa vieillesse est morose après qu’il a tenté encore une révolte et l’a échouée, précipitant alors sa famille dans la pauvreté.

Il naît de parents employés comme domestiques dans un château. On repère son intelligence et il est envoyé au séminaire, qu’il quitte avant la fin.

Il est habile de ses mains et apprend le métier de doreur sur cuir, qu’il exerce à Tours pendant quelque temps. Cela consiste à décorer les couvertures des livres en cuir en ajoutant des dorures, comme cela se faisait chez les éditeurs de l’époque.

Lors de la guerre de 1870 il est mobilisé. Il déserte, et dans le chaos qui règne alors il échappe à toute sanction. Il revient à Tours mais ne trouve pas d’emploi. Il part alors à Paris où la Commune fait rage. Il y participe comme sergent. Quand la ville est reprise il parvient à se cacher.

Il revient à Tours et devient ouvrier qualifié à l’imprimerie Mame. Peu après, à 32 ans, il épouse Catherine Boutet. Il vit alors une vie tranquille et a ses quatre premiers enfants.

Mais douze ans après, en 1885, il se fait renvoyer pour avoir écrit une pétition réclamant des salaires plus élevés. Ce devait être rare chez Mame, qui était profondément catholique et paternaliste, et qui avait reçu un prix en l’honneur de la paix sociale qu’il maintenait avec ses ouvriers.

En tant que «meneur», aucun employeur ne l’accepte. Il tente alors de partir à Poitiers, échoue à trouver du travail, revient à Tours. La famille vit dans la misère pendant quelques années. Lorsqu’alors la mairie passe à gauche, il est accepté à la municipalité comme employé aux écritures.

Il doit subir le deuil de sa fille Noémie, puis de son épouse qui en meurt de chagrin.

Lors de l’affaire Dreyfus il ne prend pas partie. Sa position est que c’est une querelle de bourgeois.

Il meurt écrasé par un train. Il avait raté le dernier train et à travers la nuit il suivait la voie jusqu’à la gare suivante quand il a heurté un train rentrant au dépôt.

Citation des Mémoires d’Aristide Beslais, son fils :

Il était né en 1840. Comme il apprenait bien à l’école, il fut envoyé au séminaire de Tours probablement sur les conseils des châtelains de Champchevrier, les seigneurs de son village. Mais heureusement pour notre avenir terrestre, il était peu fait pour la vie ecclésiastique. C’est pourquoi, avant qu’il eût achevé sa classe de quatrième, sa vie prit une autre direction (il fut renvoyé, selon la légende, pour avoir été pris en train de lire Les Châtiments, on était en plein Second Empire). Toutefois il avait retenu assez de latin pour avoir pu encore près d’une demi-siècle plus tard me préparer à entrer en sixième. Il profita de ses études avortées et de ses dons de dessinateur pour apprendre le métier de doreur sur cuir. C’était un bon métier et il y réussissait bien. Mais il n’était pas plus discipliné dans la vie qu’au séminaire, et à Paris, où vers sa dix-neuvième année il vint exercer sa profession, il lui arriva plusieurs fois d’être conduit au poste de police pour échange de coups avec des garçons de son âge. Il le racontait volontiers.

Cette indiscipline fondamentale le disposait mal à la vie de caserne. Or il tira un mauvais numéro et fut incorporé pour sept ans dans un régiment de ligne. Dès le premier jour, à la vue de sa belle écriture et de sa bonne orthographe, on lui garantit qu’avant deux ans il serait au moins sergent-fourrier. Hélas, au terme de son service militaire, il fut libéré comme… soldat de deuxième classe, après un septennat plutôt orageux.

On était à la fin du Second Empire et on commençait à s’en rendre compte. Mon père regagna Tours où il reprit son métier. Et ce fut bientôt 1870, la mobilisation, la guerre. Je le retrouve seulement dans les derniers jours de cette guerre. Il est sous-officier dans un régiment de «mobiles» dont les débris attendent non loin de Bourges que tout soit fini. Un beau matin, il est délégué avec un de ses camarades pour porter à l’officier qui les commandes je ne sais quelle réclamation. Peut-être avait-il bu un coup de trop, le vin blanc est bon dans la région. Quoi qu’il en soit, la discussion tourne à l’aigre, puis à la dispute, puis à la bagarre. Arrêté sur le fait, une court martiale improvisée condamne mon père… à mort ! pour voies de faits sur un supérieur devant l’ennemi (qui était loin), et l’exécution est fixée au lendemain matin. Je ne vous conterai pas en détails une histoire que j’ai entendue pas mal de fois dans mon enfance, mais qui s’est quelque peu estompée dans ma mémoire. En deux mots, ses camarades sous-officiers invitent les gendarmes à trinquer, et sans doute à retrinquer, cependant que d’autres libèrent mon père et lui donnent la clef des champs.

Comment et où il échappa aux poursuites, si poursuites il y eut, pendant les quelques jours qui terminèrent la guerre, je pourrais peut-être retrouver dans ma mémoire quelques épisodes de ses aventures. Sachez seulement qu’il finit par regagner Tours. Mais la fin de cette odyssée à la recherche de la paix et de la tranquillité mérite de vous être rapportée, car elle est marquée du signe de la destinée. Jugez-en : ne trouvant pas de travail à Tours, mon père part pour Paris où il débarque dans la soirée du 17 mars 1871. On n’attendait que lui : en effet le 18 mars au matin éclate la Commune, et quelques jours après mon père est affecté à un bataillon de fédérés, en qualité de sergent…

Après la défaite, il dut son salut à un camarade dont la mère concierge rue Saint-Sauveur, dans le quartier des Halles, les cacha l’un et l’autre jusqu’au moment où il put sortir de Paris et reprendre le chemin de Tours. C’était pendant l’été de 1871. En 1872, il épousait votre grand-mère.


Je veux ici m’arrêter un instant. J’ai parlé de mon père sur le mode léger. Cela s’explique par le fait que, pendant plusieurs années, quand nous nous sommes trouvés seuls à la maison, nous avons vraiment vécu en camarades : je le battais aux cartes, et nous n’étions pas toujours d’accord en politique. Pour le reste, j’arrangeais ma vie moi-même. Or j’avais alors entre 12 et 17 ans, lui entre 60 et 65 ans. Mais avec ses naïvetés, ses inconséquences, ses emballements, ses colères, c’était un homme très intelligent, d’une certaine distinction d’allure, et avec cela, scrupuleusement honnête, incapable d’une méchanceté délibérée, sensible à la misère d’autrui. Nous nous aimions bien tous les deux, je ne voudrais pas que vous vous trompiez sur les sentiments que je lui porte.

Dans un autre passage il décrit l’histoire de la famille :

Voilà donc mes parent mariés. Les auspices étaient favorables : d’âges raisonnablement assortis, intelligents l’un et l’autre, lui, bon ouvrier dans un métier de choix, elle, à la tête d’un petit atelier de couture, tout s’annonçait bien pour eux. En effet, tout commença bien, et c’est au cours de cette période heureuse qu’ils eurent leurs quatre premiers enfants : Henri en 1874, Marie en 1876, Valentine en 1878, Noémie en 1880 [en fait 1874, 1875, 1877 et 1878]. La petite Marie mourut à l’âge de dix-huit mois d’une «rougeole» rentrée.

Le temps passa. Ils avaient maintenant une douzaine d’années de mariage. Alors commença, à la suite d’événements que je connais mal, la période noire. C’est l’année 1885 qui semble être au centre du cyclone. Cette année-là, ou la suivante, mon père est renvoyé de chez Mame, où il ne pourra jamais rentrer. Il a commis un crime impardonnable : il a organisé non une grève, mais une pétition pour demander une augmentation des salaires. Sur plusieurs centaines d’ouvriers, quelques uns seulement signèrent la pétition, et mon père en bonne place puisqu’il fut immédiatement congédié. Le travail de ma mère ne pouvait suffir à l’entretien de cinq personnes, et mon père ne l’aurait pas accepté. Or à Tours toutes les portes s’étaient fermées devant le dangereux meneur. Il fallut s’expatrier, et ce fut l’exode pour Poitiers. Peut-être serais-je né dans cette ville si ma mère y avait trouvé elle-même à s’employer. Mais ce fut un échec et en 1887 ils revinrent à Tours, où je naquis à la fin de l’année suivante.

Dire que je fus recueilli comme un don du ciel serait très excessif. Car le seul mot misère peut donner une idée de la situation de mes parents à cette époque. Mon père venait de trouver un petit emploi à la mairie de Tours, ma mère tentait de renouer avec d’anciennes clientes. Toutes les économies du ménage avaient fondu dans l’exode de Poitiers. Pendant ces années, de 1887 à 1892, le dénuement fut tel dans notre famille qu’Henri fit toute sa scolarité de boursier interne au lycée de Tours, sans que mes parents aient pu lui acheter une capote d’uniforme. Et pendant cette période, une boulangère, cliente et amie de ma mère, fit crédit sur le pain.

(il a les yeux clairs et les cheveux blonds vénitiens)

Divers

C’est une note de Marguerite Beslais qui dit qu’il a les cheveux «blond vénitien».